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Et sur les rives de ma vie...

Dimanche 5 novembre 2006

La terre où je vis

"Je vis sur la Terre la plupart du temps. Une jolie planète, pleine de merveilles et d’abondance. Je n’y suis pas seule. Nous sommes actuellement six milliards.
Je ne connais pas tout le monde, bien que j’aimerais, mais j’ai déjà eu la chance de rencontrer quelques vraies personnes. Quelqu’un, qui vivait également ici il y a des siècles, Diogène, m’a toujours fascinée. Il habitait dans un tonneau, ne possédant qu’un manteau et un bâton. Tout le jour, une lampe à huile à la main pour mieux voir encore, il allait par les chemins à la recherche d’un Homme. Je n’ai jamais su s’il en avait trouvé un.
Quand je ne suis pas sur terre, je me promène dans ma tête. Seule en haut d’un arbre. Sur la mer. Au fond d’un regard que je ne peux quitter des yeux.
J’ai connu des arbres, des océans, quelques-uns de ces regards. Puis je les ai perdus.
Nous sommes beaucoup moins nombreux dans ma tête que sur la Terre. Peut-être une trentaine. Mais ceux-là sont mon souffle. Ils sont mes mots sur les pages de ce livre; le vent dans les branches des forêts."


Extraits de "Et sur les rives de ma vie…"
Jéromine Pasteur
Editions Arthaud


Par Jéromine Pasteur
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Lundi 6 novembre 2006

Je cherche un ailleurs

" En vérité, je n’avais aucune raison de voyager, de chercher ailleurs. Très vite, je découvrais un univers de sécurité et de paix auquel rien ne manquait : je vivais, du moins durant les vacances, au coeur du paradis sur terre, et aucune aventure n’aurait pu m’arriver que déjà j’aurais connu la plénitude.
Mais sans doute, la plénitude, quand on y a goûté , devient-elle le moteur de chacun de nos pas.
Pour Dali, le centre du monde était la gare de Perpignan.
Pour moi, il est au 12 de la rue du Marquis-d’Ancre, au sein d’un jardin de fleurs et de fruits abrité des regards intrus, blotti sur une île, au pied d’un château fort, à Decize. Decize en Loire assise.
Le jardin n’a jamais changé de taille. De ma naissance au dernier jour où j’ai eu le droit de me fondre à son merveilleux, il est resté le même, juste à la dimension de mon âme.
Découpé en trois paliers, sans se départir de ses auspices, sa pente incitait à l’envol sans faire un seul pas. Au nord, les murailles d’enceinte de la ville le gardaient de trop d’élan. Sur l’ouest, un mur de pierres sèches recueillant les rameaux d’une vigne lascive en limitait l’essor. Au sud, la Boire, un bras échappé à la Loire suivi d’un étang, lui donnait une allure de port, où un ponton de planches accueillait une barque solide, toujours prête au départ.
Sur l’autre bord de l’eau, un pré étendait mon paradis jusqu’à l’orée de ma vue – pour mon plus grand plaisir, je suis légèrement myope et je vis isolée de ce qui n’est pas à portée de mon intérêt –, puis il s’ouvrait sur le monde du dehors, mais si loin que celui-ci ne semblait qu’un tableau meublant l’espace. A droite, par-dessus la Loire qui paressait le long du pré, je distinguais la digue et l’écluse menant au canal latéral. Rien qui ne mette en danger mon royaume. Enfin à l’est, le potager du voisin permettait l’évasion jusqu’à une plantation de peupliers qui grandissaient avec moi."


Extraits de "Et sur les rives de ma vie…"
Jéromine Pasteur
Editions Arthaud


Par Jéromine Pasteur
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Mercredi 8 novembre 2006

Tant vaut l’homme, tant vaut la chose

«Tant vaut l’homme, tant vaut la chose», disait mon grand-père.
Et c’était vrai. J’ai rencontré des «capitaines» sans noblesse et des «matelots» au coeur de chevalier. Ceux que l’argent rendait méprisables, et d’autres qui bâtissaient du bonheur avec un sou.
Mon grand-père ajoutait aussi : «Errare humanum est», car il était bon et généreux. Et moi, je l’écoutais avec fascination.
Un jour, j’avais douze ans peut-être et mon frère seize mois de moins – oui, j’ai un frère, Fabrice, j’y arrive –, avec un boucher de ses connaissances, mon grand-père découpai un veau sur un étal installé pour l’après-midi. De la belle viande de charolais allait remplir le congélateur pour des mois.
A tout instant de sa vie, mon grand-père sortait de sa poche le Laguiole que je lui connaissais et l’aiguisait de ce geste que, de lui, j’avais appris à mon tour.


Extraits de "Et sur les rives de ma vie..."
Jéromine Pasteur
Editions Arthaud


Par Jéromine Pasteur
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Vendredi 10 novembre 2006

Chez Marie

J’avais pourtant dit que je ne parlerais pas de «madeleines», mais ici, impossible de résister. Chez Marie, l’escalier qui menait au premier se cachait derrière un rideau de velours rouge. L’abord en était sombre. L’air y stagnait. Je ne sais plus s’il y avait là une fenêtre ; une lucarne peut-être. Qu’importe, il n’y avait rien à voir.
La pénombre m’obligeait à progresser lentement, mais les marches hautes et un rien d’inquiétude accéléraient ma respiration. Puis, vite, le plaisir prenait le pas sur la peur. Tout n’était qu’effluve délicieusement sucré. Sans savoir pourquoi, cela me faisait rire. Premier contact avec un plaisir qui n’appartenait qu’à moi seule. Eveil des sens. Désir de goûter à la vie.
Parvenir au sommet de l’escalier était presque regrettable. J’aurais aimé plus d’étages, m’échapper plus longtemps. J’avais compris la joie de pouvoir profiter d’un moment parfait rien qu’à moi, loin de l’ordinaire!


Extraits de "Et sur les rives de ma vie..."
Jéromine Pasteur
Editions Arthaud


Par Jéromine Pasteur
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